Que je l'aime cette Sumidagawa de Sheller. Les sonorités âpres du Gagaku retrouvées au beau milieu d'un orchestre symphonique qui se déploie progressivement, le long crescendo, l'appropriation graduelle d'un spectre harmonique de plus en plus complexe, un rythme qui naît de la pluie, et croît petit à petit... Une leçon de musique magistrale.
L'album intitulé Ailleurs de William Sheller, qui date déjà de 1989, et je crois désormais introuvable, est sans doute sa plus belle réussite. Il y fait montre une science de l'harmonie et de l'orchestration absolument monumentale (un Sergei que le premier Stravinsky n'aurait pas renié, la simili-fugue d'Excalibur et ses sonorités rugueuses d'un Moyen-Âge revisté par Mad Max, le Gagaku de la Sumidagawa, le quatuor jazzy de l'Archet sur mes veines...). Non seulement cet album est d'une richesse musicale ahurissante, mais les textes développent de surcroît un univers particulier à chaque fois : le discours du Témoin magnifique qui rassure ses audieurs en décrivant les bords de la Terre connue, plate, où le soleil se lève par "en dessous", prouvant par là-même l'erreur fondamentale des théories sur la rotondité de la Terre ; Excalibur qui voit la rebellion d'un prince envers son père le roi naître après la mort de son aimée dans une guerre de conquête ; la Russie sauvage, neigeuse, de la Révolution de 1917 dans Sergei, la nostalgie des amours éteintes, perdues, dans La tête brulée...
Je rêve par dessus tout d'avoir un jour la partition de ces chefs d'oeuvre. Naturellement la voix de Sheller paraît parfois bien pauvre sur ces morceaux. Il réussit malgré tout à exceller sur l'interprétation de ses textes, là où sa technique vocale, voire son timbre, font défaut.
On regrettera tout de même le mixage plus que douteux du morceau éponyme, et qui clos l'album. En même temps, c'est celui qui me convainc le moins : l'utilisation de la batterie et d'une rythmique rock avec un orchestre symphonique m'ont toujours paru trop décalé pour bien aller ensemble.
Un collector donc. Un must. Mais apparemment introuvable aujourd'hui.
Vous pourrez tout de même retrouver les textes de ces chansons sur un site perso, pas de Sheller lui-même, http://www.universheller.net/ , onglet "discographie" et ensuite "80's".
ps : erratum humanum est... Pour ce qui est de Sergei, il s'agit moins de l'évocation de la révolution russe que du Sacre du Printemps de Stravinsky... Arf... Comment ai-je pu passer à côté d'un truc si flagrant : "On entend l'air d'un printemps qui danse" !!!! J'avais trouvé Stravinsky, mais j'étais passé à côté du Sacre...
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