Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis pratiquement sûr : on a tous notre madeleine à nous. Un truc qui n'appartient qu'à nous, que même Marcel il y a pas pensé et qui nous fait chariver quoiqu'il avirre. Il est même carrément possible d'en avoir plusieurs, des madeleines. Elles s'entassent alors au fond d'un vieux paquet dont le plastique froissé fait plus de bruit qu'un bol de pop-corn durant la projection d'un film suédois sous-titré en danois, et elles baignent dans les vieilles miettes de souvenirs délabrés, un peu rances, qui traînent de-ci de-là... Parfois un mouvement de tectonique en fait resurgir une par l’éruption d’une sensation que l’on croyait enfouie, et nous replonge dans une béatitude sans nom. Certaines sont même cycliques, périodiques. C’est comme ça que chaque année, j’ai mes madeleines. Elles me rendent tout chose, complètement déconnecté de la réalité, insensible à tout, si ce n’est l’irrépressible besoin de préserver le plus longtemps possible aux fond de mes synapses la jouissance quasi physique de cette sensation…
J'ai la chance d'en avoir plusieurs, des madeleines... Certaines resteront vraisemblablement virtuelles, car je suis presque persuadé de ne jamais plus avoir l'opportunité de les retrouver un jour, sans pour autant douter de leur puissance. C'est le cas de cette soupe aux haricots rouges et pommes de terre della Nonna. Je garde un souvenir proche du mythe de cette soupe que ma grand-mère préparait quand j’étais enfant, et je me vois déjà défaillir le jour où j’aurais à goûter cette même recette. La Nonna n’étant plus depuis longtemps, je n’ai pour ainsi dire aucune chance de retrouver cette saveur. Il reste alors la nostalgie, et cette conviction insane.
Mais d’autres madeleines sont bien réelles. On sait pourtant qu’elles peuvent nous surprendre à l’improviste. On souhaite pouvoir être plus malin qu’elles, tentant désespérément de prévenir leurs assauts, de nous préparer à l’extase qu’elles nous procurent subitement et qui nous désarçonne tant. Mais rien n’y fait. Rêveusement, mollement, on se laisse enivrer à chaque coup.
On a tous – dans notre adolescence au placard - un meilleur ami hétéro qui était beaucoup, beaucoup plus qu’un ami dans notre esprit, notre cœur, notre queue… Je ne fais pas exception à la règle (il est resté d’ailleurs mon meilleur ami - désolé si tu lis ces lignes, cher luxembourgeois, mais tu peux les sauter si ça te gêne…). C’est alors qu’un regard croisé, un peu trop ressemblant à l’ado de mes rêves, va instantanément me faire voir d’un œil beaucoup plus tendre l’inconnu porteur de ce regard. Ce n’est pas le plus déstabilisant. Les vêtements du présentement luxembourgeois susnommé (oui je le fais exprès !) exhalaient un parfum particulier probablement du à la lessive, l’adoucissant que sais-je, utilisé par sa mère. Rien qu’à l’imaginer, je sens déjà ce parfum agacer mes narines, embrumer peu à peu mon esprit. Je reconnaîtrais cet arôme entre mille, et quand je trébuche dessus, mon corps et mon âme réagissent dans toute leur entièreté, et je ne peux que vous laisser sur votre faim quant à la description de l’état physique dans lequel il me met encore aujourd’hui.
Le tilleul en fleur est la madeleine qui me force à écrire aujourd’hui ce texte. Elle est certes moins voluptueuse, moins sensuelle que celle dont je viens de peindre le portrait, mais elle fait partie des madeleines cycliques qui me reviennent chaque année dans les narines, qui chaque fois me bouleversent immanquablement. Mais aussi mystérieusement… Car malgré les fouilles entreprises au plus profond des limbes de mon cerveau, je n’ai toujours pas réussi à connecter ce parfum à un souvenir précis, voire même diffus. Pourtant, je n’arrive pas à définir cette sensation autrement que comme une madeleine, un souvenir instinctif d’une fragrance qui m’a touchée un jour, et que je porte désormais au fond de ma mémoire.
Mais est-ce primordial de connaître l’origine de l’ivresse qui m’emporte sous ces tilleuls ?... Il vaut mieux je crois laisser ma conscience s’évanouir sous l’effet de ce philtre pour profiter pleinement de l’euphorie de l'instant...
parfum oublié
elle explose à la mi juin
la fleur de tilleul
Hey!, c'est mon premier haikai !!!
Ca se fête !!!!!!